Illustration abstraite de structures géométriques bleutées et vertes, semblables à des cadres flottants, s’entrelançant sur un fond sombre pour évoquer un univers technologique et futuriste.

Enfin ! L’incroyable année du jeu vidéo sous Linux


Janvier 2026, l’heure est au bilan. En jetant un œil à ma rétrospective Steam, un graphique a fini de confirmer ce que je pensais : pour la première fois, près de la moitié de mon temps de jeu s’est déroulée sous Linux.

Il y a encore quelques années, jouer sur Linux tenait du défi technique. Aujourd’hui, grâce à l’impulsion de Valve et à la maturité de technologies comme Proton, Wine ou Wayland, cette barrière a quasiment disparu. Même la diffusion en direct est devenue une banalité.

C’est un véritable vent de fraîcheur face à un Windows 11 de plus en plus pesant, entre publicités intégrées, choix techniques discutables comme l’utilisation de frameworks web pour le menu Démarrer, causant des lenteurs inutile et une orientation « IA omniprésente » qui semble parfois oublier l’utilisateur au profit de ses propres algorithmes.


1. Jouer sous Linux en 2025



1.1 Pourquoi Linux ?


Comme beaucoup, j’ai commencé sur Windows. Ma configuration actuelle date de 2018–2019 et n’a que peu évolué depuis. Et au vu des dernières tendances du marché des composants, je ne suis pas près de la renouveler.


ComposantModèle / Détails
Processeur (CPU)AMD Ryzen 7 3700X (8 cœurs / 16 threads)
Carte mèreASUS ROG STRIX B550-F GAMING WIFI II
Mémoire (RAM)16 Go DDR4
Carte graphiqueNVIDIA GeForce RTX 3070 (8 Go GDDR6)

Voir ce matériel être fortement sollicité simplement pour afficher un bureau vide me dérangeait. Sans même parler des questions de télémétrie et de respect de la vie privée.

J’ai découvert Linux il y a un peu plus de huit ans, avec Debian et GNOME 3. À l’époque, WSL commençait à se démocratiser, et le jeu sous Linux restait encore marginal.

Jouer était possible, mais l’écart de performances avec Windows était réel. Je faisais donc beaucoup d’allers-retours en dual boot.

À cette période, chaque achat demandait réflexion :

  • Est-ce un jeu service ?

  • Le studio prend-il en compte les utilisateurs Linux ?

  • Quelle est sa position du studio vis-à-vis de l’open source ?

  • Est-il bien référencé sur ProtonDB ?

  • D’autres joueurs Linux ont-ils déjà testé le jeu ?

  • Existe-t-il des solutions communautaires ?

  • Un portage est-il envisagé ?

Aujourd’hui, je joue principalement sous Arch Linux. J’aurais pu rester sur Fedora ou Ubuntu, mais j’ai rencontré par le passé des soucis avec les dépots de pilotes NVIDIA, et je ne suis pas fan des paquets Snap.

Avec Arch, je garde un contrôle total sur mon système. Les mises à jour arrivent vite, je sais ce qui est installé. Et oui, par flemme, j’utilise parfois archinstall, mais je suis aussi passé par l’installation manuelle, Arch Wiki à l’appui.

C’est une configuration logicielle parfaite pour du matériel vieillissant.


1.2 L’écosystème gaming moderne


Il y a encore cinq ans, jouer sous Linux relevait souvent du parcours du combattant. Installer un jeu, vérifier sa compatibilité, ajuster des bibliothèques, lancer des commandes de pré-lancement et croiser les doigts… Tout demandait du temps et un minimum de connaissances techniques.

En 2025, cette époque semble révolue. Aujourd’hui, une immense majorité des jeux disponibles sur Steam fonctionnent sous Linux, souvent sans aucune manipulation particulière. Pour beaucoup d’entre eux, la différence avec Windows est devenue imperceptible.

Cette transformation repose sur plusieurs évolutions majeures, portées à la fois par Valve, par la communauté open source et par les differents acteurs du monde du jeu video.


Proton : la pièce maîtresse


Au cœur de cette révolution : Proton. La couche de compatibilité développée par Valve. Son objectif est simple : permettre aux jeux Windows de fonctionner sous Linux sans que le joueur n’ait à s’en soucier.

Avec ses évolutions successives, notamment autour de 2025, Proton a atteint un niveau de maturité impressionnant. Basé sur Wine et enrichi par des technologies comme DXVK et VKD3D, il prend en charge la majorité des moteurs et des API graphiques modernes.

Concrètement, ca signifie qu’un jeu peut souvent être installé, lancé et utilisé exactement comme sous Windows.

Les versions communautaires, comme Proton-GE, complètent ce travail en proposant des correctifs rapides pour les titres les plus récents ou les cas particuliers.


Le Steam Deck et la démocratisation de Linux


Le succès du Steam Deck a marqué un tournant décisif. En proposant une console portable basée sur Linux, Valve a démontré qu’un système libre pouvait offrir une expérience aussi fluide et accessible qu’une console traditionnelle.

Cette réussite a entraîné d’autres constructeurs dans son sillage. En 2025, certains appareils portables arrivent désormais avec SteamOS préinstallé. Ramenant toujours plus d’utilisateurs.

Le message est clair : Linux n’est plus réservé aux passionnés, c’est une plateforme grand public crédible pour le jeu vidéo.


Pilotes graphiques et rôle du matériel


L’évolution des pilotes graphiques a également joué un rôle central.

Du côté d’AMD, le choix historique de l’open source porte pleinement ses fruits. Les pilotes intégrés à Mesa bénéficient à la fois du travail communautaire et des investissements de Valve.

Chez NVIDIA, la situation s’améliore progressivement. Les pilotes propriétaires sont plus stables qu’autrefois, notamment sous Wayland, et les efforts autour de pilotes open source commencent à porter leurs fruits.

Néanmoins, l’expérience reste parfois moins fluide que chez AMD, ce qui explique pourquoi ce dernier reste aujourd’hui le choix privilégié sous Linux.


La question longtemps bloquante des anti-cheats


Pendant longtemps, les systèmes anti-triche ont constitué le principal frein au jeu sous Linux. De nombreux titres multijoueurs refusaient purement et simplement de fonctionner (No-comment pour Riot Games).

Ces dernières années, la situation a nettement évolué. Les principaux acteurs du secteur ont progressivement ouvert leurs solutions à Linux, rendant compatibles un nombre croissant de jeux en ligne.

Ca ne veut pas dire que tout fonctionne parfaitement. Certains titres populaires restent indisponibles, souvent par choix des éditeurs. Mais on est passé d’une poignée de jeux compatibles à plusieurs centaines.


Des distributions pensées pour le jeu


Parallèlement, de nouvelles distributions spécialisées ont vu le jour.

Des projets comme Bazzite, Nobara ou Pop!_OS ( mon preféré ! ) proposent aujourd’hui des environnements optimisés pour le gaming, avec Steam préinstallé, des réglages graphiques adaptés et une configuration simplifiée.


Un écosystème mature, sans être parfait


Malgré ces progrès, tout n’est pas encore idéal.

Certains jeux en ligne refusent toujours Linux. Les pilotes NVIDIA peuvent encore poser problème dans des configurations spécifiques. Et le grand public reste souvent peu informé de ces avancées du fait des monopoles.


1.3 Merci à la communauté


Si jouer sous Linux est aussi confortable aujourd’hui, ce n’est pas un hasard.

Derrière chaque avancée, il y a des développeurs, des mainteneurs, des testeurs et des passionnés qui donnent de leur temps. Des plateformes comme ProtonDB, des forums, des subreddits, des dépôts GitHub ou des guides communautaires m’ont souvent permis de débloquer une situation en quelques minutes.

J’irais presque jusqu’à dire que l’essor de l’IA nous a été bénéfique, dans un sens, car il a poussé les constructeurs hardware à investir davantage dans les drivers, qu’ils soient propriétaires ou open source.

On ne se sent jamais vraiment seul face à un problème. Il y a presque toujours quelqu’un qui est passé par là avant vous, et qui a pris le temps de partager sa solution.

C’est sans doute ce qui me plaît le plus dans cet écosystème : cette entraide permanente, discrète, mais essentielle.


Mon top jeux de 2025


Ce n’est pas un classement universel, c’est mon année.



#7

Hades

Défiez le dieu des morts et frayez-vous un chemin hors des Enfers dans ce rogue-like dungeon crawler récompensé à de multiples reprises.

Zagreus combattant dans les enfers
Développeur
Éditeur Supergiant Games
Sortie
Genre Roguelike / Action / Hack and Slash
Plateformes PC, Mac, PS4, PS5, Xbox, Switch, iOS
Moteur The Forge (Interne)
Temps de jeu 40h-100h

En quelques mots

Le jeu qui a réconcilié tout le monde avec le genre Roguelite.

Points forts

  • Narration parfaitement intégrée à la mort
  • Direction artistique et musique incroyables
  • Combat dynamique

Points faibles

  • L'aspect grind pour voir la vraie fin

Expérience Linux

Support exceptionnel via Proton, fonctionne mieux que sur Windows pour certains.

Pourquoi ce classement

Une perfection de design où chaque mort fait avancer l'histoire. Un chef-d'œuvre de Supergiant Games.

roguelike action mythology hack-and-slash
#6

Intravenous

Un hommage brutal aux premiers Splinter Cell. Infiltrez-vous dans l'ombre ou déclenchez un carnage dans ce jeu d'action tactique exigeant.

Infiltration en vue de dessus dans Intravenous
Développeur
Éditeur Explosive Dinosaurs
Sortie
Genre Stealth / Top-Down Shooter
Plateformes PC
Moteur Love2D
Temps de jeu 10h-15h

En quelques mots

Un mélange parfait entre Hotline Miami et Splinter Cell.

Points forts

  • IA très réactive
  • Gestion de la lumière et du bruit poussée
  • Grande rejouabilité

Points faibles

  • Expérience assez courte

Expérience Linux

Très stable via Proton.

Pourquoi ce classement

Pour son respect des mécaniques de furtivité hardcore qui se font rares aujourd'hui.

stealth tactical hardcore action
#5

Shadow Gambit: The Cursed Crew

Rejoignez un navire fantôme et rassemblez un équipage de pirates maudits. Utilisez des pouvoirs magiques pour infiltrer les forteresses de l'Inquisition.

Pirates fantômes en mission d'infiltration
Développeur
Éditeur Mimimi Games
Sortie
Genre Stealth / Strategy / Real-time Tactics
Plateformes PC, PS5, Xbox Series
Moteur Unity
Temps de jeu 25h-40h

En quelques mots

Le summum du genre infiltration tactique par les maîtres du genre.

Points forts

  • Liberté d'approche totale
  • Personnages hauts en couleur
  • Mécanique de save intégrée au lore

Points faibles

  • Le dernier jeu du studio Mimimi
  • Peut sembler répétitif sur la fin

Expérience Linux

Fonctionne impeccablement avec Proton (Platinum).

Pourquoi ce classement

Une lettre d'adieu parfaite pour Mimimi Games, sublimant la formule de Desperados et Shadow Tactics.

stealth tactical pirates strategy
#4

Counter-Strike 2

Le successeur de CS:GO. Un jeu de tir tactique à la première personne qui définit les standards de l'e-sport depuis plus de deux décennies.

Action de tir tactique dans Counter-Strike 2
Développeur
Éditeur Valve
Sortie
Genre FPS / Competitive
Plateformes PC, Linux
Moteur Source 2
Temps de jeu Illimité

En quelques mots

Le roi du FPS compétitif, modernisé sur un nouveau moteur.

Points forts

  • Gameplay ultra-précis
  • Physique des fumigènes

Points faibles

  • Problèmes de triche
  • Moins de cartes que CS:GO au lancement

Expérience Linux

Support natif Linux par Valve. Performance excellente.

Pourquoi ce classement

Indétrônable dans sa catégorie, c'est la pureté absolue du skill et de la tactique en équipe.

fps competitive shooter multiplayer
#3

Foxhole

Foxhole est un jeu massivement multijoueur où chaque soldat est un joueur. La guerre est persistante et chaque aspect, de la fabrication des balles au front, dépend des joueurs.

Soldats et logistique sur le champ de bataille de Foxhole
Développeur
Éditeur Siege Camp
Sortie
Genre Massively Multiplayer / Wargame / Logistics
Plateformes PC
Moteur Unreal Engine 4
Temps de jeu +200h

En quelques mots

Une simulation de guerre totale où la logistique est aussi importante que le combat.

Points forts

  • Échelle de conflit incroyable
  • Coopération indispensable
  • Économie gérée par les joueurs
  • Super communauté

Points faibles

  • Très chronophage
  • Courbe d'apprentissage abrupte

Expérience Linux

Support Gold via Proton. Pas de version native mais tourne parfaitement.

Pourquoi ce classement

Il n'existe aucun autre jeu capable de simuler une telle coordination entre des milliers de joueurs simultanément.

war multiplayer logistics strategy
#2

No Man's Sky

Un jeu d'exploration et de survie se déroulant dans un univers infini généré de manière procédurale. Explorez des planètes uniques et des formes de vie inconnues.

Exploration planétaire dans No Man's Sky
Développeur
Éditeur Hello Games
Sortie
Genre Open World / Survival / Exploration
Plateformes PC, PS4, PS5, Xbox, Switch, Mac
Moteur Havoc
Temps de jeu +100h

En quelques mots

La plus grande rédemption de l'histoire du jeu vidéo. Un univers entier à portée de main.

Points forts

  • Contenu titanesque et gratuit
  • Liberté totale
  • Magnifique en VR
  • Mises à jour constantes

Points faibles

  • Boucle de gameplay répétitive
  • Inventaire parfois lourd à gérer
  • Vieux bugs toujours présents

Expérience Linux

Fonctionne parfaitement via Proton. Support VR excellent sous Linux.

Pourquoi ce classement

Pour son ambition démesurée enfin accomplie et sa capacité à offrir un sentiment d'émerveillement constant.

open-world space exploration survival
#1 👑
Coup de cœur 2025

Disco Elysium - The Final Cut

Incarnez un détective amnésique dans une ville en proie au chaos. Un RPG révolutionnaire sans combat traditionnel, où vos compétences sont vos véritables armes.

Vue isométrique de Revachol dans Disco Elysium
Développeur
Éditeur ZA/UM
Sortie
Genre RPG / Detective
Plateformes PC, Mac, PS4, PS5, Xbox, Switch
Moteur Unity
Temps de jeu 30h-50h

En quelques mots

Une expérience narrative unique. Le meilleur système de dialogues jamais créé dans un jeu vidéo.

Points forts

  • Écriture exceptionnelle
  • Système de compétences génial
  • Direction artistique sublime
  • Humour noir percutant

Points faibles

  • Pas de combat classique
  • Rythme parfois contemplatif

Expérience Linux

Support natif Linux. Parfois des bugs audio mineurs, réglés avec Proton-GE.

Pourquoi ce classement

L'écriture est d'une qualité littéraire rare. Une œuvre d'art qui traite le joueur comme un adulte intelligent.

rpg story-rich choices-matter detective

Conclusion


2025 marque, pour moi, un vrai tournant. Ce qui relevait autrefois du bricolage, des compromis et du dual boot est devenu un usage quotidien, fluide, presque évident.

Aujourd’hui, je lance mes jeux sous Linux sans y penser. Je ne “teste” plus une plateforme : je vis dessus.

Bien sûr, tout n’est pas parfait. Certains éditeurs restent frileux, certaines technologies traînent encore les pieds, et l’Europe pourrait jouer un rôle bien plus ambitieux dans cet écosystème. Mais la dynamique est là, et elle est solide. Il y a cette inertie.

Ce que cette année m’a surtout confirmé, c’est qu’un autre modèle est possible : plus ouvert, plus respectueux, plus durable. Un modèle porté autant par des entreprises visionnaires que par une communauté passionnée.

Merci à tous les développeurs, testeurs et passionnés : sans vous, jouer sous Linux ne serait pas ce plaisir quotidien.